Anthony Derouard, à force d’y croire

Là où d’autres auraient aisément baissé les bras, Anthony Derouard, 25 ans, lui, persévère. Après avoir connu trois dépôts de bilan avec trois clubs différents, et une rupture des ligaments croisés, en seulement quatre ans, le natif de Sablé-Sur-Sarthe, compte sur son aventure avec le Sporting Club de Bastia pour vaincre le mauvais sort.

24 Mai 2013, 22 heures 18, le ciel s’effondre sur les 21 000 spectateurs du MMArena. C’est officiel, malgré sa victoire, deux buts à un, face au Racing Club de Lens, Le Mans Football Club, est relégué en National. Au milieu du terrain, un enfant de la Sarthe. Numéro neuf floqué sur le dos, Anthony Derouard se souvient : « J’étais dégoûté. Notre maintien dépendait d’un résultat négatif de Laval, mais ils l’ont emporté. Avec mes coéquipiers, nous étions très frustrés car nous avions réalisé une bonne première partie de saison. »

Celui que l’on surnommait affectueusement ‘’Djembo’’ lorsqu’il était jeune, à cause de ses « oreilles un peu décollées », ne savait pourtant pas ce qui attendait son club de cœur. Le 31 octobre de la même année, Anthony Derouard reçoit une lettre de licenciement. A raison d’une dette qui s’élève à 14 millions d’euros, les Sang et Or doivent déposer le bilan. Le club se voit rétrogradé en division d’honneur. Pour le Sarthois, c’est le coup de massue : « La nouvelle a été très difficile à accepter, surtout pour moi qui suis un enfant du club. J’ai un goût d’inachevé là-bas. J’aurais vraiment aimé tout donner en national pour permettre au Mans de remonter ».

Quand ça ne veut pas, ça ne veut pas

Pour faire face à cette désillusion, le milieu de terrain trouve refuge en Ariège, à Luzenac plus précisément. « J’ai réalisé une très bonne saison là-bas. J’ai joué quatorze matchs et inscrits deux buts », explique-t-il. Mais la fin de saison ne se déroule pas comme prévue.

En l’espace de trois mois, Anthony passe par tous les sentiments : « J’ai été malchanceux et chanceux à la fois : En avril, j’ai été victime d’une rupture des ligaments croisés et dans le même temps, le club à valider son billet pour la ligue 2 ». Une accession synonyme d’aboutissement pour le milieu de terrain, qui va voir sa carrière prendre un nouveau tournant, pas aussi joyeux que prévu. Après des mois de procès, la Ligue de Football Professionnel refuse l’accession en Ligue 2 à Luzenac. « On ne va pas refaire l’histoire, c’est comme ça. La ligue ne voulait pas de nous dans le monde professionnel » souligne Anthony Derouard. Le club ariégeois ne s’en relèvera pas et se verra contraint de repartir de la Division d’honneur régionale (septième division nationale). De son côté, le Sarthois part à la recherche d’un nouveau défi. Mais la malchance va le suivre aux quatre coins de l’hexagone.

Après un passage de six mois du côté de Châteauroux, (où il ne disputera aucune minute avec l’équipe première), et une pige d’un an avec le Cercle Athlétique Bastais, Derouard reçoit une offre « qui ne se refuse pas » : Evian-Thonon-Gaillard Football Club vient de descendre en national, et le club veut directement remonter dans l’antichambre du football français. Les savoyards contactent le joueur : « On avait besoin d’un garçon talentueux, avec un état d’esprit irréprochable, capable de s’adapter et de jouer à plusieurs postes » raconte Stéphane Guédet, entraîneur adjoint de l’E.T.G.F.C à l’époque. Le joueur de 25 ans ajoute : « Ils me proposaient un contrat professionnel de deux ans. Si j’avais su qu’il y avait un risque… ». Malheureusement pour lui, seulement quelques jours après son arrivée, le verdict tombe : le club d’Evian fait faillite. Les expériences s’enchaînent pour l’ancien Manceau, et il aurait surement préféré qu’elles ne se ressemblent pas.

Ce qui ne le tue pas le rend plus fort

En quatre ans, Anthony Derouard vient de connaître trois accidents administratifs. Mais il en faut plus pour l’effrayer. Une chose est sûre, il n’abandonnera jamais.

« Ça serait trop facile de lâcher. Les désillusions ça fait partie de la vie. Ça m’a rendu plus fort »

Stéphane Guédet l’a suivi durant toute sa formation, il souligne une force de caractère hors du commun chez le jeune homme : « 99% des gens auraient tout plaqué à sa place. Ce que fait le gamin est extraordinaire. Malgré toutes les bévues qu’il a rencontrées, il est toujours là, car il est persuadé de ses qualités. » Et le, désormais, coach des U17 nationaux du Racing Club de Strasbourg ne croyait pas si bien dire. Ambitieux, le joueur formé au Mans espère, un jour, avoir la chance d’évoluer au plus haut niveau. Il connait sa valeur : « Partout où je suis passé j’ai prouvé ce que je savais faire, notamment au C.A.Bastia (en 2015-2016). J’y ai réalisé ma meilleure saison avec six buts et quatre passes décisives en 27 matches ». Pour Antoine Besson, ancien journaliste sportif à LeMansTV « C’est un joueur très élégant. Il joue simple, il est tenace et il fait preuve de beaucoup de sang froid dans la surface adverse ».

Plutôt que de se morfondre, Anthony Derouard préfère voir les côtés positifs de la chose : « Je suis un passionné de foot. Si je le pouvais, je regarderais des matchs tous les jours. Je suis heureux de pouvoir me lever le matin pour faire ce que j’aime ».

Le Sporting pour renaître

Après une saison passée dans le club de ses débuts, au Sablé FC (il y a évolué jusqu’à ses 13 ans), le milieu de terrain cherche un nouveau challenge. C’est à ce moment que l’opportunité bastiaise se présente à lui : « Ça a été très vite. Bastia est un très grand club. Lorsque Stéphane Rossi m’a appelé, je n’ai pas pu refuser ». Le 29 août 2017, le milieu de terrain devient un joueur du S.C.B pour les deux années à venir.

Si le joueur sait à quoi s’attendre au niveau des infrastructures, il n’imagine pas un tel engouement autour du club :

« Le Sporting est une religion pour les gens ici, c’est un truc de fou ! Aucun club en France ne peut se venter d’avoir près de 5000 abonnés en National 3. Il n’y a qu’ici qu’on voit ça. Quand on joue à domicile, le public nous transcende. C’est grâce aux supporters et à leur passion qu’on en est là. »

Il y a deux ans à peine, Anthony Derouard se rendait au Stade Armand Cesari « pour voir les matches de Ligue 1 ». Aujourd’hui, il est de ceux qui défendent les couleurs Bianch’e turchini. « Très fier », comme il le dit si bien, de porter le maillot bastiais, le milieu de terrain a de très grandes ambitions, à la fois personnelles et collectives : « Tout au long de ma carrière, j’ai appris à ne pas me projeter sur le long terme. J’ai signé un contrat de deux ans, et durant cette période je vais tout donner pour le Sporting. Notre objectif est de remonter le plus haut possible, le plus vite possible ».

A l’heure actuelle, le Sporting Club de Bastia pointe à la deuxième place du classement, à quatre points du leader Endoume. Il reste à présent onze matchs au club insulaire pour renverser la tendance et accéder à la division supérieure.

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