Enfants du Sporting

Formés au Sporting Club de Bastia, l’attaquant Naoufal Mesbah, dit « Néo », et le défenseur central Nicolas Medori, ont su se faire une place au sein de l’effectif de l’équipe première. A 21 ans, ils ont enfin l’opportunité de défendre les couleurs de leur club de cœur.

« Pour la saison prochaine, mieux que des anciennes stars… des Cahuzac ». En mars 2014, le groupe de supporters, Bastia 1905, déployait cette banderole dans les travées du stade Armand Cesari. A l’époque, l’équipe de Frédéric Hantz restait sur cinq défaites en six rencontres.  En colère contre l’investissement, et le rendement des recrues phares du mercato estival (Djibril Cissé et Milos Krasic principalement), le public réclamait davantage de joueurs « nustrale » (Ndlr: joueurs issus de la formation insulaire).

Aujourd’hui, la donne a changé. Quatorze joueurs de l’effectif de l’équipe première sont formés à Bastia (Onze de moins de 22 ans). Pour ce supporter, ce changement de politique était nécessaire dans le projet de reconstruction du club : « Je regrette que cela ne soit pas arrivé dans une division supérieure, mais mieux vaut tard que jamais. Aujourd’hui, on peut enfin être fier de voir des jeunes insulaires se battre pour le maillot bleu ».

Comme symbole de cette jeunesse bastiaise : Nicolas Medori, et Néo Mesbah. Enfants du Sporting, les deux joueurs s’identifient au club. En tant que joueur d’abord : « J’y joue depuis que j’ai 8 ans, j’ai connu énormément de chose ici : Des moments de doutes, aux moments de bonheur, comme lorsque l’on a atteint les quarts de finale de Coupe Gambardella en 2014 » souligne Mesbah. Mais aussi en tant que supporter. « Mon premier souvenir avec le Sporting remonte à 2002. L’équipe jouait contre Lorient en finale de la Coupe de France (Défaite 1-0). J’avais six ans à peine, et j’étais déjà au Stade de France pour les soutenir » se remémore Nicolas Medori, en véritable passionné. Son grand frère, Baptiste, nous livre une anecdote : « Petit, il découpait les articles de journaux en rapport avec le S.C.B et il les accrochait sur les murs de sa chambre ».

Du CFA 2 au N3, tout change

Depuis cette période glorieuse, de l’eau a coulé sous les ponts. Le club a perdu son statut professionnel et se retrouve à lutter dans les championnats amateurs.

Désormais, ce sont eux, anciens membres de l’équipe réserve, les dignes représentants de l’institution bastiaise. Le défenseur central explique:

« Quand on porte ce maillot on sent que l'on représente quelques choses aux yeux des gens. On a la responsabilité de ramener le Sporting là où il doit être. »

Les deux joueurs évoluent, depuis quelques saisons déjà, au sein de la cinquième division française (N3, anciennement CFA2). Mais cette année est considérablement différente des autres. Néo Mesbah se souvient : « Avant, en CFA2, les équipes adverses nous voyaient seulement comme la réserve d’un club professionnel. Elles venaient chez nous pour gagner. Aujourd’hui, ces équipes là jouent le match de leur vie contre nous. Dans leur tête, les joueurs affrontent le grand Sporting Club de Bastia ». « La saison passée, on jouait devant 30 personnes. Cette année, il y a 5000 spectateurs à chacun de nos matchs à domicile » ajoute Nicolas Medori, en précisant que malgré cet engouement, « il ne faut pas oublier que le club n’évolue qu’en amateur ».

En l’espace d’une saison, les deux Bastiais sont passés de l’ombre à la lumière, de l’équipe réserve à l’équipe phare du club. Mais avant d’en arriver là, ils ont dû faire face à quelques péripéties.

La douche froide

Le 20 mai 2017, le S.C.B s’incline sur la pelouse du Vélodrome, face à l’Olympique de Marseille (0-1), et se voit officiellement relégué en deuxième division. Une désillusion, qui ne sera finalement que le point de départ d’une série de mauvaises nouvelles. Quelques semaines plus tard, à cause d’une dette abyssale, le club est contraint de déposer le bilan. « Je venais de signer mon premier contrat professionnel. Malheureusement il n’a pas pu être homologué. Je réalise mon rêve et au final il faut repartir de zéro » confie Néo. « Le SCB c’est sa maison, il était vraiment attristé par la situation » insiste Adam Ghemmar, son ami et ancien coéquipier en sélection U17 du Maroc.

Nous sommes alors à l’été 2017. En attente de repreneurs, les jeunes joueurs sont dans le flou le plus total. L’attaquant bastiais raconte:

« On venait s’entraîner mais on ne savait même plus pourquoi ! » 

Il continue : « au bout d’un moment on a commencé à chercher d’autres options ». C’est d’ailleurs ce qu’a fait Nicolas Medori. En plein doute, il reçoit une proposition de l’étranger. « J’ai résilié mon contrat à contre-cœur, et j’ai fait un essai en Andorre. Mais après une semaine là-bas, j’ai préféré rentrer » rapporte-t-il.

A ce moment précis, les deux hommes de 21 ans n’attendent qu’une chose : l’appel de leur club de toujours. Après de nombreuses tentatives infructueuses, Bastia est définitivement sauvé par deux entrepreneurs, Claude Ferrandi et Pierre-Noël Luiggi. Puis, le coup de fil tant attendu arrive. Pour l’un comme pour l’autre, le choix de rester au Sporting sonne comme une évidence. « Pour nous les jeunes, l’objectif est de grandir, de s’inscrire dans la durée et d’évoluer au plus haut niveau avec notre club » conclut Nicolas Medori.

Découvrir toute l'info de SC Bastia

à lire également