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Un rallye de Championnat du Monde se gagne ou se perd à deux. Mais en vérité, les meilleurs équipages de l’histoire ne font qu’un. Ils forment un couple, ils sont le double l’un de l’autre, le complément indispensable. Ils sont complices, frères de sport, à la fois différents de caractère mais indissociables dans l’âme. Vincent Landais, copilote de Pierre-Louis Loubet depuis 2015, nous offre un merveilleux témoignage de son métier. De sa mission. Du talent de “Pilouis”. Et de leur foi en l’avenir.

Pilote, on sait ce que c’est. Mais copilote, en quoi cela consiste-t-il précisément ?

Tout le monde pense immédiatement que le job, c’est de prendre des notes en reconnaissances, et de les lire en course. Mais ça, c’est à peu près 50% du métier. L’autre moitié est constituée d’une infinité de « micro-tâches ». Quand je dis « micro-tâches », ce n’est pas qu’elles ne sont pas importantes. Au contraire, elles sont essentielles. Mais simplement, elles sont multiples, et toutes ne vous absorbent pas de la même manière.
Par exemple ?
Par exemple, trois jours après le Rallye d’Allemagne, j’appelais Pierre-Louis au téléphone pour lui communiquer le descriptif du Rallye d’Espagne. Je lui ai dit que la partie terre du premier jour serait la même qu’en 2016. Donc il aura eu quelques semaines pour réviser toutes les spéciales terre (puisqu’on a les images des caméras embarquées). Je sais qu’il regarde beaucoup Sébastien Ogier. Les portions sur asphalte, en revanche, on va les prendre à l’envers, donc on ne peut pas les préparer. Ensuite, autre type de « micro-tâche » : je vais m’occuper de réserver les billets d’avion, voir avec Pierre-Louis s’il préfère partir de Porto-Vecchio ou de Paris, trouver le meilleur vol, au meilleur tarif. Excepté dans les très très grosses équipes, ce boulot de logistique, d’organisation, c’est souvent le copilote qui s’en charge. J’aime le faire, ce n’est pas un problème. Mais depuis que nous courons chez MSport, qui est une équipe importante, on me soulage d’un certain nombre de tâches – notamment les relations avec les organisateurs ou l’autorité sportive – et mon équilibre s’en ressent : j’ai plus de temps et d’énergie à consacrer à la course proprement dite.

C’est facile de vous procurer les images ?

Depuis que le WRC a mis en place une plate-forme vidéo, en 2014, c’est hyper-simple. On y trouve toutes les images embarquées des dix meilleurs équipages mondiaux. Pour les vidéos des années d’avant, on se débrouille avec Youtube, ou autre chose. Et parfois on ne trouve rien et tant pis.
Vous êtes copilote professionnel ?
J’ai cette chance depuis deux ans. C’est devenu mon métier, auquel je me consacre entièrement.
Comment se passe la prise de notes avec Pierre-Louis ?
Il est très précis en prise de notes. Précis, rapide et dense. Il donne beaucoup d’informations. Et comme il est capable de rouler très vite dès son premier passage, il faut être archi-concentré et bien suivre. Écrire vite pour ne jamais perdre le fil.
Et ensuite, vous les lui relisez ?
Une fois qu’on a écrit, on revient au départ, et là je lui récite ce que j’ai noté. En même temps, on a une GoPro qui filme notre deuxième passage. Le soir, dès qu’on est rentrés à l’hôtel, on étudie la journée, on se refait un passage avec la caméra. On regarde l’écran ensemble, et moi je lui récite encore une fois les notes. Et on remet ça la veille de la course. Pour chaque spéciale, on procède de cette façon.

J’imagine que dans la préparation du timing d’un week-end de course, vous devez avoir d’autres « micro-tâches encore »…

Bien sûr. Je vais préparer les reconnaissances par exemple, parce nous avons un timing fourni par l’organisateur. Donc il faut faire les plannings, préparer les cartes. Ensuite je reçois les cartes de MSport et je dois comparer ce que j’ai fait avec ce qu’ils ont conçu, eux. Chaque lundi avant un Rallye, nous avons une réunion entre copilotes seulement, afin de planifier les reconnaissances, car nous avons toute une équipe d’encadrement. Si on a un souci technique au milieu d’une « reco », si on a faim, si on a soif, il faut savoir où et quand  se tiennent les gens qui nous assistent. Et je dois les caler dans mon grand planning. Si Pierre-Louis a besoin d’un café pendant le parcours, il faut que je sache que le camion-buvette est deux ou cinq kilomètres plus loin. C’est une infinité de petits détails, mais sur 300 kilomètres de reconnaissances, je peux vous dire qu’il faut être au point. Pendant la course aussi, j’ai mes « micro-tâches » : entre les spéciales, c’est moi qui contrôle et ajuste la pression des pneus. De toute façon, j’ai une check-list ; j’ai tellement de trucs à faire, jusqu’à vérifier que les adhésifs sont bien collés sur la voiture (rire) qu’il serait facile de commettre un oubli.

Mais l’itinéraire, c’est vous qui l’avez ? Pas le pilote ?

Absolument. Pierre-Louis me le demande le matin-même,  le jour de la course. Il a besoin de savoir comment ça se déroule, combien de spéciales, à quelle heure on part, à quelle heure on rentre, etc. Il faut qu’il ait ça en tête.

Vous vous entendez bien avec Pierre-Louis, malgré votre différence d’âge ?
Ah oui, vraiment bien ! J’ai cinq ans de plus que lui, mais on rigole des mêmes choses, on débat des mêmes sujets, on discute de l’actualité, on est en phase. C’est drôle, parce que lorsque j’ai commencé avec lui, il n’avait que 18 ans, et à peine dix rallyes d’expérience. Il était là au volant, à côté de moi, il avait l’allure d’un gosse, et pourtant… au volant ce n’était pas un môme ! Au volant, il n’est pas le même.
Vous est-il arrivé d’avoir peur avec lui ?
Jamais ! En Allemagne, on était tellement concentrés qu’on n’a même pas réalisé ce qu’il se passait ! Mais on s’est fait vraiment une grosse frayeur le dimanche matin. On se sentait bien dans la voiture, on se savait capables d’attaquer… et puis on est partis large dans l’herbe et, honnêtement, on a eu du bol parce que ça aurait pu très mal se finir. Et après ça, on en a rigolé tous les deux jusqu’à l’arrivée !!! Un journaliste nous a demandé : ‘’mais qu’est-ce qui vous fait tant marrer ?’’ On lui a répondu : ‘’on a vécu un truc de fous’’. Mais la peur : zéro. La spéciale suivante, on est repartis aussi fort. Je n’ai jamais eu peur avec Pierre-Louis, jamais.
Comment est-il au volant ?
Ce qui est à la fois sympa et formidable, c’est qu’il fait tout avec naturel. Ça coule. Il ne se force pas. Il a envie. Il aime. Ça se voit. Ça se sent. Peut-être qu’il ne se rend pas compte de ce qu’il sait déjà faire. On a l’impression qu’il ne souffre pas, qu’il est à l’aise naturellement. Que tout est inné. Quand en plus, un jour il va exploiter plus encore son talent, le travailler, l’affiner, quand il va capitaliser toute son expérience et la mettre en action, alors là, ça va faire très fort ! Mais là, depuis que je le connais, il a déjà  énormément évolué dans sa façon de conduire, de réfléchir, de voir la route. Et il lui reste une belle marge de progression.
Vous lui voyez un grand avenir ?
Ah oui ! Et je vais vous dire quelque chose : le jour où il sera Champion du Monde, je lui demanderai en public : « dis donc, t’en as fait quoi, de mon gel douche du Rallye d’Allemagne 2017 ? » Parce que le charme de Pierre-Louis, c’est justement son âge. Depuis le début, je l’ai un peu habitué à le «cocooner » ; c’est ma façon de concevoir mon métier. Et je crois qu’il y a pris goût ! Du coup, il faut que je pense à tout pour lui, du shampooing au gel douche, en passant par les sous-vêtements et le dentifrice !!! (rires)
En Allemagne, mon gel douche, je ne l’ai pas vu de la semaine. Il est resté dans la salle de bain de mon pilote !
C’est attendrissant, non ?
Ben oui. On rigole. On partage de super moments ensemble. Il y en a aussi de moins bons, et là je m’efforce de le soutenir autant que je peux. C’est mon job. Mais l’important, c’est que nous ne perdons pas la foi. Et ça, c’est ce qui nous porte tous les deux.

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