Pierre-Louis Loubet: “A la fin de l’année, seuls les résultats comptent”

Après cinq rallyes disputés, c’est l’heure de tirer les premiers enseignements. Dixième du classement du championnat du monde 2 (WRC2) et onzième sur le championnat d’Europe des rallyes U28 (ERC Junior U28), Pierre-Louis Loubet, 21 ans, pilote chez BRC Racing, fait le point à la veille du Neste Rally Finland.

Salut Pierre-Louis. Il y a quatre mois, tu as pris part à ta quatrième saison au plus haut-niveau. Nous sommes à mi-chemin de cette saison 2018. Quel bilan fais-tu ?

C’est un bilan positif. Au niveau du pilotage, nous avons, avec Vincent Landais, été très performants. Nous faisons partie des plus rapides en WRC2. Sur chacun des rallyes où nous avons couru, nous étions parmi les cinq premiers. Cela prouve que nous sommes capables de performer sur toutes les surfaces. Malheureusement, nous avons eu des problèmes au niveau de la fiabilité de la voiture. Sur cinq rallyes, nous n’avons pu en finir que deux à cause de la mécanique, c’est dommage.

C’est-à-dire ?

Par exemple, en Sardaigne (en WRC2), nous étions quasiment sûr de terminer sur le podium, et la voiture n’a pas tenu (problème de batterie). Pareil aux Canaris, en ERC, où nous étions à la lutte pour la troisième place à quelques spéciales de l’arrivée. Aux Açores c’était un peu différent, mais la voiture a lâché après seulement six kilomètres dans la deuxième spéciale du rallye…

Un podium minimum, sur chacun des rallyes.

Un manque de chance ?

Je n’aime pas dire ça. C’est juste que la voiture est jeune, dans le sens où peu de pilotes roulent avec. Mais on ne va pas se cacher derrière cela. A chaque sortie on prouve que la voiture est performante. Maintenant, il faut faire des résultats. C’est bien beau d’aller vite, mais les gens ne se souviennent plus de ça. A la fin de l’année, seuls les résultats comptent.

Justement, quels objectifs te fixes-tu pour les quatre prochains rallyes ?

Un podium minimum, sur chacun des rallyes, à commencer dès ce week-end par le rallye de Finlande. Nous en sommes largement capable. Au Portugal déjà, on aurait dû terminer deuxième du WRC2, mais un concurrent nous a bloqué sur la route pendant une minute trente, et nous sommes tombés au quatrième rang du classement général. Pareil en Corse. Si je n’avais pas cassé la jante, nous aurions fait un podium. C’est dommage. Mais bon, comme on dit, avec des si…

Tu as des regrets par rapport à tout cela ?

Quand j’y repense, oui. Avec du recul, il y a plein de choses où je me dis que j’aurais pu faire autrement, notamment en Corse. Mais sur le moment, ça me paraît tellement évident… Je ne sais pas si on peut appeler ça des regrets.

Plutôt dans l’entretien, tu nous parlais de la « jeunesse » de la Hyundai i20 R5. Et toi, tu en penses quoi de cette voiture ?

J’aime beaucoup cette voiture. Je la préfère même à la Ford (ndlr, voiture de Pierre-Louis Loubet l’an passé). Après, est-ce qu’elle est plus performante ? Je ne sais pas. Mais c’est une voiture plus agressive, plus de « racing », plus technique à piloter. C’est une voiture qui correspond parfaitement à mon style de pilotage.

Si tu dois retenir un point, ou un moment de cette première partie de saison. Ce serait lequel ?

D’un point de vue général, ce que je retiens c’est notre vitesse, notre niveau de performance, et le bon boulot qu’on réalise avec toute l’équipe. Et si je dois sortir un moment, je dirais la deuxième spéciale lors du rallye de Sardaigne.

Pourquoi ?

C’était lors de la deuxième spéciale. L’une des plus dure du rallye (24 km). Il pleuvait, il y avait du brouillard, et la route était boueuse et étroite. Résultat, j’ai fait le meilleur temps. C’était peut-être ma plus belle spéciale depuis que je suis en professionnel.

Et hors compétition, tu as une anecdote à nous raconter ?

Il y en a plusieurs. Déjà, les Açores. Les paysages là-bas… c’était vraiment quelque chose ! Sinon, au Portugal. Nous étions sur une liaison sur l’autoroute. Un mec roulait à côté de moi. Il a sorti son téléphone par la fenêtre, pour nous filmer. Et il l’a fait tomber sur la route. Le pauvre… le téléphone s’est explosé par terre. J’ai lu la déception sur son visage. On a bien rigolé avec Vincent.

Entre pouvoir aller en WRC, et y aller, il y a une grande différence.

Voyons plus loin maintenant. A quand Pierre-Louis Loubet en WRC ?

J’aimerai beaucoup y aller dès la fin de la saison. Mais il faut être réaliste, il n’y a pas de place en WRC. Le plus jeune de la catégorie a, actuellement, 26 ans. Moi je n’en ai que 21, je suis très jeune. Il ne faut pas griller les étapes, même si je sais que maintenant, j’ai le niveau en WRC2. Déjà, il faut que je sois plus régulier sur mon pilotage et après on verra. J’espère pouvoir aller en WRC dans les deux ans à venir. Mais entre pouvoir y aller, et y aller, il y a une grande différence.

Justement, explique-nous cette différence ?

En WRC, il n’y a pas que la vitesse qui compte. Il y a aussi l’expérience. Ce sont les meilleurs pilotes du monde et ils arrivent à garder le même niveau de concentration du kilomètre zéro de la première spéciale, au dernier de la dernière spéciale. Et ça, pour y parvenir, il faut beaucoup de temps. Comparer à d’autres sports automobiles, le rallye demande beaucoup plus de connaissances.

Tu peux développer ce point?

Par exemple, en circuit, au bout de six cents tours, la piste tu la connais par cœur. Tu n’as plus grand chose à apprendre. En rallye, ça change tout le temps. Ce n’est jamais pareil. Sans expérience, tu ne peux pas appréhender un trou, ou une bosse. Ça peut sembler bête, mais en WRC, cela fait toute la différence.

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