Rally, amor, alegria !

Ce week-end, l’archipel portugais des Açores accueillait le coup d’envoi du championnat d’Europe des rallyes 2018. La compétition a tenu toutes ses promesses. Vitesse, action, spectacle, crashs, et paysages à couper le souffle. Tout y était. Dans une ambiance de folie, c’est le Russe, Alexey Lukyanuk, qui s’est imposé. Nous y étions. L’occasion de se rendre compte de l’incroyable ferveur qui règne autour du rallye sur l’île de Sao Miguel.

Un peu, 

Un peu d’Irlande, de sa verdure, un peu d’Auvergne, de ses volcans, un peu d’Islande, de ses falaises noires, un peu de Canada, de ses lacs et ses forêts de pins, d’Italie, de ses villages, et des couleurs, des fleurs, de la vie. Un peu de tout, en fait. C’est ça les Açores : Une île aux décors majestueux, perdue au milieu de l’Océan Atlantique, et théâtre de la première manche de l’ERC 2018.

Pendant près d’une semaine (entre les essais et les spéciales), l’archipel a vécu au rythme du son des moteurs pétaradants. Une semaine durant laquelle les tracteurs ont côtoyé les voitures de rallye sur la chaussée. Et à ce sujet, Pierre-Louis Loubet, pilote du Team Oscaro dans la catégorie U28 ERC, a une anecdote surprenante à nous raconter :

« Nous étions sur une route de liaison entre deux spéciales. En face de nous, un mec au volant de son tracteur. Son regard est resté bloqué sur notre voiture, il avait l’air fasciné. Il ne regardait plus devant lui. A tel point qu’il se dirigeait directement sur nous. Au dernier moment, il a donné un coup de volant pour nous éviter. Là, son tracteur s’est renversé. On a eu vraiment très peur. »

Un accident dû à la curiosité d’un fermier, qui voulait, le temps d’un instant observer la Hyundai i20 R5 du pilote de BRC Racing.

Comme lui, énormément d’Açoriens ont contribué, à leur manière, à faire le charme de la course, faisant du rallye des Açores, l’une des épreuves les plus populaires du championnat d’Europe. « On a l’impression que toute l’île s’est déplacée pour nous voir. On ressent tout l’amour que portent ces gens au rallye » ajoute Pilouis, à propos de l’engouement autour de sa discipline.

Beaucoup,

Des dizaines de milliers de personnes étaient présentes sur le bord des routes, pour assister aux balais des autos. Notamment lors de la Super Spéciale de Grupo Marques : « C’était génial, il y avait du monde partout, c’était magique » décrit Vincent Landais, le co-pilote de Loubet. Pour voir les R5 décoller sur le saut de la piste de la carrière de pierre de Sao Miguel, près de 3000 personnes ont répondu à l’appel.

Une véritable ambiance de stade de football. Drapeaux, corne de brunes, bières, pop-corn, tout y était, pour le plus grand plaisir des parents, mais aussi, pour celui des enfants. Car, aux Açores, le rallye est une histoire de famille. Paulo, patron du MariSerra, un restaurant de Ponta Delgada, nous confie avoir amené son fils sur une spéciale « pour lui faire découvrir la passion du rallye ».

« Ce sport est ancré dans la culture locale » développe l’homme, accoudé au comptoir de son restaurant où les odeurs de lapas, cracas et autres spécialités locales se mélangent à une atmosphère de sport automobile. D’ailleurs, le couloir qui relie l’entrée de l’établissement, à la salle principale, est décoré de photos de voitures, de pilotes…

A la fin du repas, Paulo nous interpelle : « Vous voyez cet homme ? il désigne avec son doigt Bernardo Souza, interviewé à la télévision. Il participe à la course, il mange quasiment tous les jours chez moi. Et il n’est pas le seul, mon restaurant est en quelque sorte le point de passage obligatoire pour les équipes du rallye. »

Passionnément, 

Depuis 1965, l’archipel portugais accueille chaque année le rallye (Sauf en 1974). Une période devenue incontournable pour les insulaires, comme nous explique un commerçant :

« Ici, les gens prennent leurs vacances en fonction de la course. Ils ne veulent surtout pas rater ça. »

Et pour ne rien manquer de l’évènement, les Açoriens s’en donnent les moyens, ils s’entraident.  Ce fut le cas lors de la spectaculaire spéciale des Sete Cidades où l’on a pu assister à une scène assez sympathique : Sur un chemin sinueux, étroit, et rocailleux, amenant sur la crête d’un volcan, point de vue idéal pour observer la spéciale, un véritable défilé de 4×4 et autres pick-up, s’offre à nous. Dans chacun des véhicules, les bennes débordent de spectateurs. Nous voyant en difficulté sur le bas-côté, le conducteur d’un des engins s’arrête : « Laissez vos voitures ici, vous venez avec moi ». Solidaires, leur but est simple : permettre à chacun de vivre la plus belle expérience possible.

A la folie,

Aux Açores, on a le sens des valeurs : on aime, on offre, on vit, simplement. A l’image de ce village situé sur les hauteurs de Provoçao, un petit port de pêche du sud-est de l’île, où en l’espace de quelques mètres, tous les instants d’une vie se sont réunis en un seul : de l’enfant qui prend son gouter à côté de sa mère, au vieil homme qui observe, assis sur un escalier, en passant par la femme qui étend son linge, corbeille à la main. Ne manque plus que le père de famille, et tout y est. Mais en cette période, c’est sûrement au bord des routes du rallye qu’il se trouve.

D’ailleurs, au cœur de la spéciale numéro 2, entre un champ de verdure, et une forêt de pins, nous apercevons un groupe d’amis. Peut-être qu’un père de famille est parmi eux. Assis sur une énorme motte de foin, à côté d’un troupeau de vaches, à la sortie d’un virage, les trois hommes crient, plaisantent, s’amusent. Avec eux, une glacière rouge, pleine de bières. Ils sont joyeux. Ils viennent nous voir : « Une bière ? Elles sont excellentes ». Puis, après le passage d’une voiture, l’un d’eux nous demande en criant : « Selon vous, quel est le plus beau rallye du monde ? ». Il ne nous laisse pas le temps d’y réflechir, sa réponse est déjà toute faite : « C’est le rallye des Açores ! ».

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