Le sport dans le sang

Au jeu des sept familles, on pourrait la nommer “la famille sport”. Un père footballeur professionnel, une mère pilote et un oncle quadruple champion du monde de voitures de tourisme… C’est ça l’entourage de Yann Ehrlacher. Une tribu de passionnés, sans laquelle le jeune homme de 22 ans n’aurait, sans doute, jamais atteint un tel niveau.

Dans la famille de Yann Erhalcher, je voudrai Yves le père, Cathy la mère et Yvan l’oncle !

« Fantastique », c’est le mot utilisé par Yves Ehrlacher pour définir son aventure bastiaise. A l’aube de la saison 1981-1982, huit jours avant plus exactement, l’Alsacien, champion de France de première division avec Strasbourg en 1979, débarque à Bastia en provenance du Racing club de Lens. Le Sporting s’apprête à disputer la Coupe d’Europe des vainqueurs coupe, suite à sa victoire en Coupe de France quelques mois plus tôt et cherche à renforcer son effectif. Leur choix se tourne vers le milieu de terrain. Il se remémore son arrivée sur l’île : « La première chose qui m’a sauté aux yeux en arrivant en Corse, c’est l’accueil. Je n’ai jamais été aussi bien reçu dans un club ».

Yves Ehrlacher s’adapte très rapidement à son nouvel environnement, à tel point qu’il se sent comme à la maison : « J’avais l’impression d’être chez moi » raconte-t-il. Il prolonge son explication : « Quand on arrive à Bastia, même si on est Alsacien, on devient comme les Corses. On a un territoire à défendre, et on met tous les atouts de notre côté pour y parvenir. C’est d’ailleurs pour ça que l’on remportait tous nos matchs à Furiani ».

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Le Sporting Club de Bastia - Saison 81-82.
Yves Ehrlacher, debout, septième en partant de la gauche.

Tous. Enfin presque. Cette année-là, le Sporting remporte onze rencontres à domicile, pour sept nuls et une petite défaite (0-1 contre l’AJAuxerre), ce qui permet au club de terminer à la douzième place du championnat avec 35 points.

A la maison

Si sportivement il ne s’est pas passé grand-chose du côté de Bastia cette saison-là, le milieu de terrain se souvient surtout du côté humain : « Là-bas, j’ai connu des personnes incroyables : des dirigeants et des gens voués au club, mais aussi des joueurs merveilleux ». Il ne le savait sûrement pas à l’époque, mais Ehrlahcer a probablement évolué avec les plus grands joueurs de l’histoire du Sporting Club de Bastia : Claude Papi, Roger Milla, Charles Orlanducci, ou encore Pascal Olmeta. « Ils étaient tous internationaux. C’était des phénomènes. Quelle chance j’ai eu de pouvoir jouer avec eux » se réjouit l’ancien joueur de Lens.

A leurs côtés, il se rappelle d’une anecdote :

Malgré tous ces bons moments, Yves Ehrlacher ne restera qu’une seule année sur l’île de Beauté. Une blessure venant mettre fin à cette belle histoire : « Je n’avais qu’un an de contrat mais je voulais rester. Puis je me suis gravement blessé au genou, et ma rééducation a été très longue. On attendait que je guérisse… ». Dans le même temps, le FC Mulhouse, club de la région du joueur accède à la première division : « Ils m’ont proposé un contrat de trois ans, sans visite médical. Je n’ai pas hésité, et j’ai préféré assurer ». En 1982, Ehrlacher quitte la Corse et signe dans le Haut-Rhin. Il est de retour chez lui, à la maison.

Un champion du monde de touring car, et une pionnière du sport automobile féminin, c’est ça les Muller. Tonton et maman de Yann Ehrlacher, le frère et la sœur ont, à leur manière, marqué l’histoire du motorsport alsacien.

Depuis ses débuts en championnat du monde de voitures de tourisme, Yvan Muller, 48 ans, a couru pour quatre constructeurs différents : Seat, Chevrolet, Citroën et Hyundai aujourd’hui. Résultat ? Il a remporté autant de titre (quatre). Pour son neveu, il est un modèle de longévité : « De la famille, Yvan est celui qui a la carrière la plus longue. C’est un exemple pour moi. Je suis passionné de sport automobile et je veux durer longtemps, comme lui ».

Devant l’émerveillement de sa fille, et la fierté de ses parents, Yvan Muller a encore impressionné lors de la dernière manche du WTCR Oscaro, à Vila Réal, en remportant la Course 1. A l’heure actuelle, le pilote de sa propre équipe caracole en tête du championnat (182 points), devant un certain Yann (160 points) … Tiens, tiens !

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Tel frère, telle soeur

S’il se dirige, pour le moment, vers un cinquième sacre en touring car, Muller a déjà fait le tour de plusieurs disciplines par le passé : F3, F3000, Formule Renault, BTCC etc. Tout comme sa sœur, Cathy, qui est l’une des rares pilotes femmes à avoir évolué au plus haut niveau. En karting d’abord, elle remporte le titre de championne d’Europe 1978, puis elle court en Formule Renault ainsi qu’en Formule 3 au début des années 80 (Elle termine même 11ème du Grand prix de Macao, en 1983).

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Yvan Muller et sa soeur, Cathy.

Une carrière dans le sport automobile que son fils juge impressionnante : « Ce qu’a fait ma mère à son époque est exceptionnel. Si, proportionnellement, je peux faire la même chose qu’elle, je signe tout de suite ! ».

Selon Yves, son père, « Yann doit sa présence à ce niveau, à sa mère et à son oncle ». Pour comprendre pourquoi, rendez-vous dans les prochains chapitres…

Numéro 68 sur le dos, Yann Ehralcher se présente face au gardien de but adverse. Il le fixe. Son équipe est menée trois buts à zéro. Nous sommes à Vila Réal et l’équipe des pilotes du WTCR Oscaro affronte une sélection de jeunes footballeurs locaux dans un match de gala. Yann doit remporter son duel s’il veut garder les siens à flot. Il frappe de l’extérieur du pied droit, et marque (1-3). Finalement, son équipe s’inclinera six buts à quatre et Yann inscrira deux buts.

World Touring Car "football" Cup

They may have skills in the car but ball handling doesn't seem to be one of them. 😅The WTCR drivers take on a local side in Vila real for some Five-A-Side, they might have lost but at least they scored more than Messi.

Publiée par FIA WTCR / Oscaro sur Vendredi 22 juin 2018

Un doublé comme symbole des restes d’une adolescence passée sur les terrains : « J’ai fait du foot, de huit à quatorze ans. Mais au bout d’un moment je me suis rendu compte que ce n’était pas fait pour moi » explique le jeune pilote de 22 ans, en riant. Il continue « je regardais souvent des matchs avec Papa, mais cela ne me passionnait pas tant que ça… ».  Lucide, son père ne s’est jamais fait d’illusion. Rempli d’affection pour son fils, il nous confie : « Je pense que Yann jouait au foot pour me faire plaisir. Il sentait le jeu mais il était trop effacé par rapport à ses partenaires. Avec du recul, je me dis qu’il a pris la bonne décision. Il est bien meilleur avec un volant entre les mains qu’avec un ballon dans les pieds (rires) ».

Mieux vaut tard que jamais

C’est en 2012, à 16 ans (très tard pour un pilote de course), que Yann trouve enfin sa voie. Après avoir essayé le football et le tennis, il se met (logiquement) au sport automobile. « C’est ça que je voulais vraiment faire depuis toujours. Quand je rentrais de l’école je me mettais devant la télé et je regardais du sport auto » raconte l’actuel pilote de l’équipe All-INKL.com Münnich Motorsport. Une passion forte, née grâce à son oncle : « je regardais toutes les courses d’Yvan. Je n’en manquais aucune ».

Yann Ehrlacher fait partie de ces rares pilotes à ne pas avoir fait ses gammes sur les pistes de karting. Lui, il a été plongé directement dans le grand bain par son tonton. En 2012, il court sur la Mitjet 1300 (une compétition de petites voitures avec des moteurs de 1300 cm3), où il ne participe qu’à la fin de saison. Peu, mais suffisant pour comprendre qu’il vient de trouver sa voie : « A la base c’était pour essayer, et puis tout est parti de là. Le processus était lancé ».

Le hasard n’y est pour rien. Depuis le début de la saison, le tonton et le neveu se tirent la bourre dans le meilleur championnat de voitures de tourisme au monde. Une véritable fierté dans le clan Alsacien : « Moi je me dis qu’on n’a pas fait tout ça pour rien. Lui, il se dit que tout ce qu’il m’a enseigné a marché » raconte Yann. Ennemi sur la piste, les deux hommes nouent une véritable complicité en dehors. Et pour le jeune homme de 22 ans, c’est ce lien fort qui lui a permis d’atteindre ce niveau si vite. Reconnaissant, il revient sur les raisons de sa progression : « j’ai compensé le manque de connaissance, par l’expérience et le savoir technique qu’Yvan m’a apporté. Il m’a tout appris de A à Z ». Celui qui est entré dans le monde du sport automobile, il y a seulement six ans sans passer par la “case karting”, utilise une drôle de comparaison pour accentuer cela :

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Actuellement au top niveau mondial, Yann Ehrlacher n’a pas fini de grandir. Pour le moment, il continue son apprentissage, et « s’interroge sur de nouvelles choses après chaque course », comme il le dit lui-même.

 « C’est comme ça qu’on reconnait un champion »

Dans l’esprit du numéro 68 du WTCR Oscaro, sa présence dans le championnat du monde n’est qu’un début. Lui, ce qu’il veut c’est atteindre les sommets. Et ce n’est pas son père qui dira le contraire : « Cette année Yann doit confirmer les bonnes performances de l’an passé. Ensuite, il devra se faire une carte de visite. C’est comme ça qu’on reconnait les champions. Il n’y a qu’à voir son oncle avec ses quatre titres ».

Yves Ehrlacher, lui aussi est un champion. En 1979, il remporte le championnat de France de D1 avec le Racing Club de Strasbourg. Un palmarès dont le fiston est très fier : « mon père est un modèle en tant que sportif de haut niveau. Son parcours est magnifique ». Une carrière riche en succès, en déception, en dilemme qui lui permet d’inculquer à son fils des valeurs sportives : « Il m’a appris à avoir ce tempérament de guerrier, souligne Yann, il me transmet son expérience, me conseille et me dit comment aborder les choses », mais aussi humaines. Yves nous raconte : « Je lui ai toujours appris à respecter ses adversaires, son entourage, et à se respecter lui-même. Puis je lui ai appris à être poli, à dire bonjour, au revoir etc. Ce sont des choses qui peuvent paraître idiotes mais c’est hyper important, que ce soit dans le football ou dans le sport automobile. C’est comme ça qu’on reconnait un champion ».